"Celui qui comprend le Dhamma comprend le Bouddha, et celui qui comprend le Bouddha comprend le Dhamma."
- Bouddha

Lexique des termes bouddhiste

Par Martin Jutras

Connaître les concepts fondamentaux du bouddhisme originel permet de mieux saisir l’enseignement du Bouddha et de le mettre en pratique. Voici les termes essentiels expliqués de manière simple et directe.

Le bouddhisme originel utilise des termes spécifiques qui portent des concepts profonds et essentiels. Comprendre leur signification aide à mieux saisir l’enseignement du Bouddha et à l’appliquer concrètement. Dans ce lexique, les termes en gras sont en pali et les termes entre parenthèses sont en sanskrit, pour une lecture claire et fidèle aux sources.

A

Abhidhamma (Abhidharma) désigne la partie du Tipitaka qui analyse les phénomènes mentaux et physiques en détail. Elle classe l’expérience humaine en éléments simples pour mieux la comprendre. Ce texte aide à voir la réalité de manière claire et structurée.

Anapanasati (Anapanasmriti) est l’attention à la respiration enseignée par le Bouddha. Cette pratique calme l’esprit et développe la concentration. Elle constitue une base essentielle de la méditation.

Anatta (Anatman) affirme qu’il n’y a pas de soi permanent ou d’âme immuable en nous. Ce que nous appelons "moi" est en réalité changeant et conditionné. Comprendre l’Anatta aide à lâcher l’attachement et l’illusion du "je".

Anicca (Anitya) souligne que tout est impermanent et change constamment. Rien n’est stable, ni les sensations, ni les pensées, ni les situations. Comprendre l’Anicca aide à accepter le changement et à moins souffrir.

Anusaya (Anusaya) désigne les tendances latentes ou habitudes profondes accumulées au fil des vies. Elles restent cachées mais influencent les réactions quand les conditions sont réunies. Les voir permet de s’en libérer.

Arahant (Arhat) est une personne ayant atteint l’éveil et éradiqué toutes les impuretés mentales. L’Arahant est libéré du Samsara et ne renaît plus. Son esprit est libre de l’avidité, de l’aversion et de l’ignorance.

Asava (Asrava) désigne les influx mentaux profonds qui nourrissent l’ignorance, le désir et l’attachement. Ces conditionnements viennent des vies passées et continuent d’agir en nous. Les éliminer est indispensable pour atteindre l’éveil.

Aṭṭhaṅgika Magga (Āryāṣṭāṅgamārga) est le Noble Sentier Octuple, chemin vers la fin de la souffrance. Il comprend vision juste, intention juste, parole juste, action juste, moyens d’existence justes, effort juste, attention juste et concentration juste. Ce chemin équilibre sagesse, éthique et discipline mentale.

Avidya (Avijja) désigne l’ignorance fondamentale de la vraie nature de la réalité. Elle empêche de voir l’Anicca, l’Dukkha et l’Anatta. L’extinction de l’Avijja est nécessaire pour atteindre l’éveil.


B

Bhavana (Bhavana) signifie l’entraînement de l’esprit pour développer concentration et sagesse. C’est le processus de transformation intérieure par la pratique. Le Bhavana est essentiel sur le chemin de l’éveil.

Bodhi (Bodhi) désigne l’éveil spirituel, la réalisation directe de la vérité ultime. C’est la compréhension profonde de la réalité, libre de l’ignorance et de l’attachement. Le Bouddha a atteint la Bodhi sous l’arbre de la Bodhi.

Bodhisatta (Bodhisattva) est le nom donné au Bouddha avant son éveil, pendant sa quête de vérité. Le Bodhisatta s’est engagé dans de nombreuses pratiques pour atteindre l’éveil parfait. Ce terme montre sa détermination à se libérer pour aider les autres.

Brahmavihārā (Brahmavihāra) désigne les "demeures sublimes", quatre qualités à cultiver : Metta (amour bienveillant), Karuna (compassion), Mudita (joie altruiste) et Upekkha (équanimité). Elles développent la paix et la bienveillance envers soi et les autres. Les pratiquer purifie et ouvre le cœur.


C

Cetana (Chetana) est l’intention ou la volonté derrière chaque action. C’est ce qui donne une direction morale aux pensées, paroles et actes. Sans Cetana, une action n’a pas de poids karmique.

Citta (Citta) désigne l’esprit ou la conscience vue comme un flux d’expériences mentales. C’est l’activité intérieure qui perçoit et réagit aux choses. Comprendre le Citta aide à mieux observer l’esprit.

Cattāri Ariyasaccāni (Chatvāri Āryasatyāni) sont les Quatre Nobles Vérités enseignées par le Bouddha. Elles expliquent la souffrance, son origine, sa cessation et le chemin qui mène à sa fin. Les comprendre est la base de la voie bouddhique.


D

Dana (Dana) est l’acte de don ou de générosité, une pratique fondamentale de l’éthique bouddhiste. Donner sans rien attendre en retour purifie l’esprit de l’avidité. Le Dana crée des mérites bénéfiques pour cette vie et les suivantes.

Dhamma (Dharma) désigne l’enseignement du Bouddha et la loi universelle qui régit l’existence. Le Dhamma est aussi la vérité profonde découverte par la pratique. Suivre le Dhamma guide vers la libération de la souffrance.

Dhammapada (Dharmapada) est un recueil de vers courts résumant l’enseignement du Bouddha. Ces vers offrent des conseils simples et profonds pour la vie quotidienne. C’est l’un des textes les plus populaires et accessibles du canon pāli.

Ditthi (Drishti) signifie vue ou opinion, surtout les vues erronées sur le soi et le monde. Les fausses Ditthi nourrissent l’attachement et la confusion. Corriger ses vues est essentiel sur le chemin de la sagesse.

Dukkha (Duhkha) désigne la souffrance ou l’insatisfaction présente dans toute expérience conditionnée. Rien n’apporte un bonheur parfait car tout est impermanent. Reconnaître le Dukkha est le premier pas vers la libération.

Dosa (Dvesha) est l’aversion ou la haine, le rejet de ce qui est désagréable ou frustrant. Ce poison engendre la colère, l’hostilité et la violence. Cultiver patience et bienveillance affaiblit le Dosa.


J

Jhana (Dhyana) sont les états profonds de concentration atteints par la méditation. Ces états apportent calme, stabilité et clarté à l’esprit. Les Jhana préparent l’esprit à la sagesse et à la vision pénétrante.


K

Kamma (Karma) est l’action intentionnelle qui entraîne des conséquences morales. Chaque pensée, parole ou acte laisse une empreinte dans l’esprit. Le Kamma façonne nos expériences présentes et futures.

Karuna (Karuna) est la compassion, le désir sincère d’alléger la souffrance des autres. C’est une des quatre Brahmavihārā à cultiver. La Karuna ouvre le cœur et soutient l’action juste.

Khandha (Skandha) sont les cinq agrégats qui composent un être : forme, sensation, perception, formations mentales et conscience. Ces agrégats créent l’illusion d’un "moi". Les voir comme processus aide à comprendre l’absence de soi permanent.

Kilesa (Klesha) sont les impuretés mentales comme l’avidité, l’aversion et l’ignorance. Ces poisons obscurcissent l’esprit et causent la souffrance. La pratique bouddhique vise à les affaiblir puis les éliminer.

Lobha (Raga) est l’attachement ou le désir avide qui pousse à vouloir posséder. Ce poison crée l’insatisfaction par une recherche constante d’obtenir plus. Réduire le Lobha aide à trouver la paix et à lâcher l’avidité.


M

Magga (Marga) désigne le chemin menant à la fin de la souffrance, connu comme le Noble Sentier Octuple. Ce chemin unit sagesse, éthique et discipline mentale. Le suivre guide vers l’éveil et la libération.

Mara (Mara) est la figure symbolisant les obstacles intérieurs et extérieurs à l’éveil. Mara incarne la peur, l’attachement et l’illusion. Dans les textes, il tente de détourner le Bouddha avant son illumination.

Metta (Maitri) est l’amour bienveillant, le souhait sincère du bonheur des autres. C’est l’une des quatre Brahmavihārā à cultiver. La pratique du Metta apaise le cœur et favorise la compassion.

Moha (Avidya) est l’ignorance ou la confusion face à la vraie nature des choses. Ce poison empêche de voir l’Anicca, l’Dukkha et l’Anatta. La sagesse dissipe le Moha et ouvre la voie à la libération.

Mudita (Mudita) est la joie altruiste ressentie face au bonheur des autres. C’est l’une des quatre Brahmavihārā. La Mudita protège de la jalousie et nourrit la bienveillance.


N

Nibbana (Nirvana) est l’extinction de l’avidité, de l’aversion et de l’ignorance. C’est l’état de liberté ultime hors du cycle des naissances et des morts. Le Nibbana est le but final de la voie bouddhiste.


P

Panna (Prajna) est la sagesse, la compréhension profonde de la réalité telle qu’elle est. Elle vient de l’observation directe, pas des connaissances théoriques. Cultiver la Panna mène à la libération.

Paticcasamuppada (Pratityasamutpada) est la loi d’interdépendance montrant que tout naît de causes et de conditions. Rien n’existe seul ou par soi-même. Comprendre cela détruit l’illusion d’un soi indépendant.

Parami (Paramita) désigne les qualités à développer comme la générosité, la patience et l’effort. Ces vertus soutiennent la progression spirituelle. Les pratiquer purifie et renforce l’esprit.

Puggala (Pudgala) est l’individu vu comme une combinaison changeante des cinq agrégats. Ce n’est pas une entité fixe ou permanente. Le Puggala est soumis aux lois du Kamma et du Samsara.


S

Saddha (Shraddha) est la foi confiante dans le Bouddha, le Dhamma et le Sangha. Ce n’est pas une croyance aveugle mais une confiance fondée sur l’expérience et la réflexion. La Saddha soutient la pratique et la persévérance.

Samadhi (Samadhi) est la concentration profonde et stable de l’esprit. Elle apaise les distractions et prépare à la sagesse. Le Samadhi est une étape clé du Noble Sentier Octuple.

Samatha (Shamatha) est le calme mental obtenu par la concentration. Elle stabilise l’esprit et réduit l’agitation intérieure. Le Samatha prépare la voie à la Vipassana.

Samsara (Samsara) est le cycle des naissances, morts et renaissances conditionné par le Kamma. Ce cycle est marqué par l’insatisfaction et la répétition. La voie bouddhiste vise à en sortir.

Sankhara (Samskara) désigne les formations mentales ou constructions conditionnées. Elles créent les tendances, impulsions et réactions. Les comprendre aide à voir l’impermanence et l’absence de contrôle.

Sangha (Sangha) est la communauté des disciples suivant l’enseignement du Bouddha. Elle inclut les moines, les nonnes et les laïcs engagés. Le Sangha est un des Trois Refuges du bouddhisme.

Sati (Smriti) est l’attention ou pleine conscience appliquée à l’instant présent. Être attentif permet de voir la réalité et d’éviter les réactions automatiques. La Sati est au cœur de la méditation bouddhiste.

Sila (Shila) est la conduite éthique fondée sur le respect et la non-nuisance. Elle protège l’esprit des remords et favorise la sérénité. Le Sila est la base de la concentration et de la sagesse.

Sotapanna (Srotapanna) est le premier stade de l’éveil, "celui qui est entré dans le courant". Le Sotapanna est libéré des vues erronées et des doutes fondamentaux. Il atteindra le Nibbana en moins de sept vies.

Sutta (Sutra) désigne les discours attribués au Bouddha et transmis dans le canon pāli. Ces enseignements exposent les principes du Dhamma sous forme de dialogues et de sermons. Les Sutta constituent une des trois parties du Tipitaka.

Sotapanna (Srotapanna) est le premier stade de l’éveil, "celui qui est entré dans le courant". Il est libéré des vues erronées et de l’incertitude. Il atteindra le Nibbana avant sept renaissances.


T

Tanha (Trishna) est la soif ou le désir insatiable, cause principale de la souffrance. Elle se manifeste par l’attachement aux plaisirs ou à l’existence. L’éliminer ouvre la voie au Nibbana.

Tathagata (Tathagata) est un titre que le Bouddha utilise pour se désigner lui-même. Cela signifie "celui qui est ainsi venu/parti". Il exprime la réalisation parfaite et l’absence d’ego.

Tilakkhaṇa (Trilakshana) sont les trois caractéristiques de l’existence : Anicca (impermanence), Dukkha (souffrance) et Anatta (non-soi). Ces marques universelles définissent la réalité conditionnée. Les voir directement mène à la sagesse.

Tiratana (Triratna) sont les Trois Joyaux en lesquels un bouddhiste prend refuge : le Bouddha, le Dhamma et le Sangha. Ils représentent l’idéal, l’enseignement et la communauté. Prendre refuge marque l’engagement dans la voie bouddhique.


U

Upekkha (Upeksha) est l’équanimité, l’équilibre face aux joies et aux peines. Elle fait partie des quatre Brahmavihārā à cultiver. L’Upekkha protège l’esprit des extrêmes émotionnels.


V

Vedana (Vedana) désigne la sensation perçue comme agréable, désagréable ou neutre. Chaque expérience sensorielle est accompagnée d’une Vedana. Observer les Vedana aide à comprendre l’origine des attachements et des réactions.

Vipassana (Vipashyana) est la vision pénétrante de la réalité. Elle consiste à voir l’Anicca, l’Dukkha et l’Anatta dans chaque expérience. La pratique de la Vipassana mène à la sagesse libératrice.

Vinaya (Vinaya) est la discipline monastique établie par le Bouddha pour guider la vie du Sangha. Elle fixe des règles favorisant l’harmonie et la pureté. Le Vinaya protège la communauté et soutient la pratique.

En résumé

Connaître les termes fondamentaux du bouddhisme originel permet de mieux comprendre l’enseignement du Bouddha et de clarifier sa propre pratique. Chaque concept éclaire un aspect essentiel de la réalité et du chemin vers la libération. En les étudiant et en les intégrant progressivement, le pratiquant développe sagesse, éthique et sérénité intérieure.

Le Saviez-vous?

Le Bouddha lui-même n’a évidemment jamais utilisé l’expression "bouddhisme": il parlait simplement du Dhamma, c’est-à-dire la vérité ou la loi universelle. Le terme "bouddhisme" a été introduit bien plus tard, pour désigner l’ensemble de ses enseignements et leurs traditions dérivées.